Covid-19: fabrique à idiots ou catalyseur de mieux ?

C’est sûr que lorsqu’on est un poil narcissique c’est plus facile de rejeter l’idée de la dangerosité du covid-19, en criant haut et fort à qui veut bien l’entendre, « même pas peur ! »

C’est aussi très facile pour les pseudos psychopathes qui pullulent car gavés par le culte de « après moi, les mouches! » du monde d’avant l’ère du covid-19, de laisser parler leur intérêt personnel limité au bout de leur nez. Dénués de toute conscience globale ils restent persuadés que le virus ne passera pas par eux, qu’ils sont sains de toute manière, ou que quoiqu’il arrive ils s’en tireront mieux que les autres. Pour peu qu’ils aient un peu de moyens financiers, ils activent des stratégies qui les placent dans le royaume de « perso je m’en moque, j’ai fait toutes mes réserves pour 6 mois ».

De manière plus générale, l’être humain est ainsi fait que son système limbique (dans son cerveau) coupe toutes ses capacités de penser quand il n’a pas appris à dompter ses émotions. Seule la peur le gouverne et son cerveau émotionnel prend le pas sur sa capacité à réfléchir. Il devient l’idiot fini qu’il critiquait lui-même par temps calme.

On pourrait croire que la logique place la peur du virus ou la peur de la mort en première place dans son cerveau. Et bien non! L’être humain de 2020 n’a plus peur de cela en priorité mais seulement de perdre ses habitudes et son petit confort. La perte de sa capacité de penser face à cette peur, l’amène à faire tout ce qu’il faut pour pouvoir continuer à vivre comme il a toujours vécu.

C’est alors que l’on voit l’émergence de tout ce qui motive réellement un homme dans sa vie.

Celui qui au fond de lui a une peur non exprimée de perdre ses revenus ou sa valeur professionnelle fera tout ce qui est en son pouvoir, même si ce n’est pas indispensable, pour continuer à travailler même s’il met en danger ceux qu’il est censé aimer. Il ne le verra même pas d’ailleurs.

Celui qui camoufle au fond de lui la peur de se retrouver seul face à lui-même fera des pieds et des mains pour continuer à voir du monde, pour sortir. Il se raccrochera à tout ce qui pourra l’éloigner d’un tête à tête avec lui-même.

Celui qui a rempli sa vie par tout un tas de défis, d’activités ludiques ou culturelles, de divertissement pour cacher le creux qu’il a au fond de son cœur et le vide de son existence sera désemparé à l’idée de rester confiné chez lui. Pour éviter la crise de nerf ou la dépression il sera obligé de se gaver coûte que coûte de nourriture physique ou virtuelle.

Et l’émergence de la face cachée de l’humain ne s’arrête pas là. En effet, les couples boiteux qui restent ensemble pour la maison, les enfants ou même le chien se retrouvent en tête à tête dans un huis clos pesant sans échappatoire. Les tensions compensées jusqu’ici ne peuvent qu’éclater au grand jour. À l’inverse, ceux qui se sont séparés pour des broutilles quotidiennes mais qui restent intimement amoureux n’auront de cesse dans cette période de penser à l’autre qu’ils aimeraient voir heureux et pouvoir le soutenir et le protéger. Les couples aimants et équilibrés seront renforcés par l’adversité qui mettra encore plus en lumière leur complicité et leur capacité à faire front à deux. Des couples vont se défaire et d’autres se refaire ou se consolider.

Ceux qui supportent leurs enfants grâce à la soupape de décompression que fourni l’école, les crèches ou les activités extérieures vont se retrouver face à la réalité de leur choix d’en avoir. Et ceux qui ont au fond d’eux l’intime conviction que passer du temps avec eux, jouer avec eux, leur transmettre leurs valeurs et leurs savoir-faire dans le quotidien pourront enfin s’y livrer avec bonheur car libérés des obligations extérieures parentales.

Les pendules se remettent à l’heure. Ce qui a du sens renverse les faux semblants. La réalité se libère des mensonges. Les vérités jusque-là mauvaises à dire s’expriment toutes seules.

Cet événement aussi terrible et destructeur qu’il soit, reste à mes yeux un élément déterminant pour celui qui aime ce qui est fluide, transparent et sincère. Il permet à celui qui cherche sa vérité d’avoir un accès inédit au miroir grossissant de ses zones d’ombre intérieures et de découvrir sous une lumière éclatante la réalité intérieure de ceux qui l’entourent.

Il est comme un révélateur de ce que l’humain a toujours cherché à cacher. Il est un révélateur de ce que l’humain n’a jamais su ou pu exprimer. Il est un catalyseur de qui vous êtes vraiment et vous montre le chemin de vos plus grands freins intérieurs. Il vous pousse à vous montrer tels que vous êtes vraiment et ce à quoi vous aspirez le plus en réalité. Il vous pousse à sortir de vos limites. À montrer les élans de votre cœur qu’il vous serait utile de sublimer. Il vous provoque en vous obligeant à exprimer par vos actes ce que vous préfériez jusqu’à maintenant garder pour vous. Il vous met face à votre réalité et face à la réalité de vos proches, de vos collègues et de vos patrons. Il met en exergue les valeurs et les contre-valeurs de chaque humain mais aussi de la société dans laquelle il évolue.

Le covid-19 est un ennemi qui vous pousse dans vos retranchements à tous les niveaux mais si vous utilisez le miroir qu’il vous tend pour affiner votre état conscience et utiliser la pause qu’il impose pour vous donner le temps de grandir en vous-même, cette guerre sera bien plus légère.

Hauts potentiels : de la rigidité à la flexibilité psychologique (Hexaflex – thérapie ACT)

Par Therese Delabye, David Vandenbosch et Zied Ben Soltana

Merci à « charlotte la marmotte, Denise qui somatise, Léon le Caméléon, Nick le perfectionniste, Tomer le Pervers pas pépère, Patsy je suis toute salie, Titi l’empathie, Thor l’Impitoyable, Robert je gère, Greg le grégaire vénère, jean-claude et ses grands travaux inutiles, magnus premier le fainéant et paresseux, Alex le vortex, Mini mattie oups g une émotion, Abel le rebelle, Isabelle la fidèle, Jeanne la naïve, Johnny le troglodyte,.. »Et bien d’autres personnages que, peut-être, j’oublie et qui m’accompagne dans un quotidien d’adaptation, merci à eux
(Nathalie F, HP, zèbre, surdouée,…et toutes ses facettes.).

La lutte finale

« Au fond près du trottoir un être apparemment un peu perturbé tourne en rond le visage rivé sur le sol. Il arpente la surface de béton au pied du lampadaire qui diffuse une lumière jaunâtre. Il s’échine à scruter le pavement à la recherche d’un précieux sésame et reste actuellement bredouille. Interpellé par cette attitude étrange vous décidez par empathie et surtout par curiosité d’interroger cet homme à propos de son étrange manège.

– Bonjour monsieur, excusez moi de vous déranger, je vous vois depuis plus de 10 minutes accomplir le même rituel juste à cet endroit. Vous semblez chercher quelque chose sans le trouver ? Puis-je vous aider ?

– Ecoutez je ne retrouve plus mes clefs et effectivement je les recherche maintenant depuis plus de deux heures sans résultats.

– Et vous êtes certain de les avoir perdu ici ?

– Non, pas du tout mais au moins ici il y a de la lumière. »

Vous est-t-il arrivé de chercher désespérément la réponse à un problème avec cette délicieuse impression de tourner en rond ? Rien ne va, je cherche une solution, je perçois un soupçon de lumière et d’espoir et puis « pfuuiiit la clarté s’estompe et rien ne va à nouveau…je cherche une solution…à nouveau.
Ne pensez vous pas que de temps en temps vous vous rendez aux points qui vous paraissent lumineux avec une restriction dans les zones de recherche ? Certains endroits ne vous sont ils pas difficiles ou interdits pour cause de passé, de peur, de stress, de colère, d’anticipations,…? N’évitez vous pas justement les endroits qui vous tiennent à coeur mais hors de votre zone de connaissances, de confort ?

À travers cela et par ce processus,  » je me suis construit, battu dans une vie formatée et connue, je ne suis pas certain de pouvoir gérer de nouvelles émotions, rencontres alors je mets en place de nouveaux défis et challenges de manière forcée mais ceux-ci me lassent vite et me fatiguent. N’est-il pas temps pour moi de consolider la base et de vivre de nouvelles expériences de manière plus sereine »

Souvent, à l’intérieur d’un système dont nous dépendons intégralement, nous nous comportons comme acteur, spectateur, bourreau, victime, sauveur… Nous incarnons celui qui agit et celui qui punit, le malfrat et le juge,… 

Au sein de ce système interne où nous sommes le problème et la potentielle solution, la prise de hauteur comportementale, cognitive, émotionnelle est ardue et la mise en place de pistes d’évolution se heurtent à nos peurs, notre propre histoire, à l’environnement et nos horizons limités.

Que cela implique-t-il ?

Au niveau systémique, nous distinguons deux types de changements : 

les changements de niveau 1 qui intervient à l’intérieur d’un système qui demeure relativement stable. En fait, nous faisons « un peu plus de la même chose ». Il s’agit du combat, nous nous livrons depuis tant d’années à notre souffrance. Ce changement permet une accalmie temporaire mais entretient le problème sur le long terme.

« Ma vie est vide (ou j’ai peur qu’elle le soit ou le devienne), je mets des tonnes d’activités en place (changement de niveau 1), les jours avancent, les impératifs aussi et je me mets à stresser, remettre en question et élaguer les rendez-vous pris (changement de niveau 1) ce qui éveille et nourrit une intense culpabilité que je contre par … une lecture intensive, un rangement fondamental, une pratique de la méditation… ce qui m’isole et fait poindre le vide… et bis repetita…. Je dis que je me sens instable et fluctuant ce qui m’insupporte, alors je règle ma vie, je fais des listes, crée des impératifs, ordonne ma journée et la quadrille de manière rationnelle (changement de niveau 1). »

Les deuxièmes ce sont les changements de niveau 2 qui affectent le système lui-même. Il permet un changement sur le plus long terme, nécessite plus de temps, d’énergie, une certaine distanciation, une clarification des difficultés (au niveau émotionnel, cognitifs, relationnels et comportemental).

C’est donc dans cet état de lutte et dans la croyance de la légitimité du combat mené que madame N pousse anxieuse, triste, remontée la porte de la consultation.

« J’ai tout tenté, j’ai tout lu, tout fait pour que cela se passe bien avec moi-même et avec les autres mais…… on ne me comprend pas, ne m’écoute pas, tous mes efforts sont réduits à néant, on ne voit même pas que j’ai fait des efforts,…j’ai l’impression de ne plus croire en grand chose, de perdre le sens, le but, la motivation »

Vous percevez le combat avec le monstre de part et d’autre du trou, tous ces efforts, actions, compromis, consentis, toutes les frustrations concomitantes perçues comme presque inéluctable, pour un résultat proche de la tête de charlot ?
« C’est la lutte finale… » entonnerait en cœur les partisans d’un certain bord politique.

Ces comportements ne sont pas spécifiques aux hauts potentiels mais se retrouvent plus amplifiés chez eux.

L’ACT est une approche qui permet d’éclairer ces traits, de donner un cadre et proposer des pistes de prise de conscience et d’évolution.

De la rigidité à la flexibilité psychologique

En résumé l’attitude présentée en première séance et le message transmis ressemble à celui-ci de manière totalement caricaturale :

« Bonjour, j’ai beaucoup galéré dans la vie, j’ai accumulé les petites expériences, les passions avortées, les espoirs déçus, les relations frustrantes. Je me suis beaucoup impliqué avec un retour sur investissement faible voir risible. On m’a trompé, on s’est moqué de moi, parfois même on m’a spolié. Je suis obligé de vivre avec un cerveau qui fonctionne à 100 à l’heure et qui me donne l’énergie incroyable pour tourner en rond ou me prendre un mur. J’ai tout tenté, lu de nombreux écrits passionnants, j’ai voyagé, rencontré,… Mais rien ne perdure sur le long terme et à chaque fois la fumée s’estompe, les défauts apparaissent et il faut tout recommencer… »

Par son implication importante dans sa construction mentale et la quête de sens qui a peuplé son quotidien, la personne haut potentiel s’est un peu perdue et rigidifiée dans un comportement générateur de souffrance et de frustration. Mélange de hauts et de bas exacerbés, de mise en place en force, de solutions et d’effondrements lorsque ces aménagements n’amènent pas le bien être escompté.

Un yoyo incessant de lutte et de démission.
Ce n’est pas l’apanage des seuls zèbres (nom donné aux hauts-potentiels) que de vivre cela mais c’est beaucoup plus fort et plus prégnant chez eux, dans mon constat d’expérience clinique en thérapie.
Dans cette optique, L’ACT thérapie propose de passer de la rigidité à la flexibilité psychologique au travers d’un travail sur l’une ou plusieurs de ses dimensions (La matrice hexaflex, voir : La thérapie d’acceptation et d’engagement http://www.mieux-etre.org/La-Therapie-d-Acceptation-et-d.html)

Au sein du processus de l’hexaflex, nous retrouvons :

  • Les processus d’acceptation et de pleine conscience
    « Je prends conscience des moments où je pense »
    « Je me rends compte que ces pensées ne sont qu’une réalité »
    « Je suis conscient qu’il s’agit d’un évitement expérientiel ou non »
  • Les processus de changement de comportement et d’engagement.
    « Je choisis de les suivre ou non »

Ils regroupent les six dimensions : l’instant présent, le soi comme contexte, l’acceptation, la défusion, les valeurs et les actions engagées. Elles seront les cibles privilégiées d’intervention de l‘ACT. Dans le présent article, nous en aborderons trois.

Pour les gourmands, désireux d’en savoir plus : 

 De manière concise : http://www.mieux-etre.org/La-Therapie-d-Acceptation-et-d.html

De manière approfondie : Hexaflex un outil thérapeutique dynamique : les 6 dimensions de l’ACT (http://act-therapie.com/hexaflex-un-outil-therapeutique-dynamique-les-6-dimensions-de-lact/)

Nous allons reprendre les éléments du premier article sur les HP et apporter des pistes et de angles de lecture en fonction des différentes dimensions.

Le but ne serait plus de ne plus actionner le cerveau mais de faire la part des choses entre contact avec la réalité et constructions, interprétations, jugements de cette dernière. Un autre objectif résiderait dans la différence entre l’utilisation en vue d’évitement expérientiels ou celui dans une perspective d’engagement dans la vie.

1. EVITEMENT EXPÉRIENTIEL VS ACCEPTATION.

La notion d’évitement expérientiel correspond à des essais de se soustraire aux expérimentations psychologiques (pensées, émotions, sensations physiques), en essayant de modifier la forme, la fréquence, l’intensité ou l’exposition à ces évènements psychologiques (HAYES & al. 1996).

De l’autre côté, une alternative accentuera l’orientation de la personne dans une perspective de flexibilité psychologique : cet élément est l’acceptation. Accepter se différencie de se résigner. L’acceptation va donc consister à accueillir tout ce qui se présente et aller au contact avec ce qui suscite la crainte ou la souffrance, y compris le fait de ne pas y arriver.

Prenons un exemple qui pourrait vous parler :
« Monsieur K. (cousin de monsieur P. lui-même mari de madame Y = éléments non indispensables mis par pure volonté de distraction) est dans une période faste. Il se sent motivé, il redouble d’activités. Il s’est inscrit dans une académie (un classique), il a envoyé plus de quinze mails de proposition de collaboration. Il s’est renseigné sur le traitement des déchets (le bio et le développement durable une autre marotte très recherchée) et leur effet pervers au travers d’une étude hongroise dont il a heureusement trouvé une traduction en anglais qu’il a corrigé. Il s’est inscrit à un 18 trous avec un vague ami ce dimanche, il a invité quinze personnes à manger et repris contact avec madame F. (dont nous imaginons que vous ne vous souciez guère du lien de parenté avec monsieur T.) une vieille amie d’enfance. Entretemps, il a aidé un ami dans le placement d’une cabane de jardin et promis main forte pour un déménagement ce samedi. Il était en verve niveau 7/10. Mais voilà les jours avancent et les responsabilités s’approchent et s’accumulent. La pression monte, le stress augmente, vous battez contre cette douce violente envie de tout annuler. Vous commencez à regardez des choses sur internet et vous suivez les liens de liane en liane tel un tarzan du virtuel. Vous ouvrez un livre dont la complétion devient votre leitmotiv temporaire de vie. Dans votre rétroviseur vous regardez les rendez-vous annulés et les cours sur le bord de la route. En plus, vous annulez cette fête où quinze invités comptaient sur vous. Vous culpabilisez et la pression monte encore. Troglodyte vous restez cloîtrez à l’intérieur jusqu’à la fin de la tempête. Les excuse sont nombreuses : une soudaine envie de pratiquer intensivement la méditation, le yoga, de regarder toute la saison de 5 de votre série préférée.
Entretemps, vous vous blâmez à coup de « je suis nul », on ne peut pas compter sur moi, ils vont m’en vouloir. Vous aimeriez être tellement plus stable et normal. Pourquoi vous ? Pourquoi cela se passe toujours comme cela ? Bon vous connaissez la chanson, elle est faite de BLA et de BLA. ET vous y croyez très fort. Vous luttez continuellement contre elle »

Imaginons cette situation maintenant dans la perspective de la métaphore des sables mouvants :

« Quand on est pris dans les sables mouvants, la réaction naturelle est de chercher à s’en échapper. En soulevant désespérément un pied dans le but de l’extirper, on ne fait qu’augmenter la pression exercée par l’autre pied sur lequel repose désormais tout le poids du corps et on s’enfonce davantage. Paradoxalement, la seule façon d’échapper à l’engloutissement consiste à se coucher dans le marécage puisqu’en augmentant ainsi la surface de contact avec la boue nauséabonde on diminue la pression exercée par le corps et on se donne une chance de flotter. »

Êtes-vous d’accord de vous laisser aller de tout votre corps dans ce marécage de pression, stress, de culpabilité, de blâme et de honte ? Lorsqu’arrive la peur de l’ennui, du vide, de la routine, êtes-vous prêt à vous donner la possibilité de l’accueillir comme un hôte attendu ? Lorsqu’ensuite point la pression, la culpabilité, le stress, la peur de ne pas y arriver allez-vous lui ouvrir la porte sans le combattre ?
Etes vous prêt à accepter que malgré vos capacités vous ne pouvez pas tout gérer et que vouloir réglementer sa vie en s’empêchant d’en vivre toutes les émotions, positives et négatives qui la fondent équivaut à fuir son essence même ?

2. LA FUSION COGNITIVE VS LA DÉFUSION COGNITIVE

• J’ai l’impression que je comprends le monde et ne cesse, toutefois, de me questionner à son égard. J’observe et analyse l’environnement et ses composants, je décortique les relations, j’élabore des théories interactionnelles. …
• Et si j’arrête que va-t-il se passer ? Je doute d’en être capable et je crains l’effondrement car ne pas construire mentalement c’est risquer de ne pas contrôler… ne pas contrôler est bien trop dangereux.
• J’investis dans l’absolu, je recherche des idéaux, je plonge dans des relations marquées du sceau de l’impossible. Mes idées sont belles à observer, je les adore en théorie.
• La peur, l’appréhension de ne pas être accepté dans ma différence peut m’amener à prendre la position caméléon. A ce moment, je m’adapte coûte que coûte pour ne pas être rejeté : je concède, je sacrifie, je retiens, je souris, je blague, je questionne,…

La notion de fusion cognitive fait référence à un contrôle excessif du langage (incluant ses pensées, ce que l’on dit ou entend dire par l’entourage) sur les comportements (Blackledge, 2007). Nous sommes en « fusion » avec nos pensées sans aucun recul. Cette main mise peut convertir cette formidable mécanique que constitue le langage en un piège nous engluant par ses propres productions

Du côté flexibilité, la défusion cognitive consiste en un procédé permettant à l’individu de prendre de la distance avec le contenu littéral de ses pensées pour les envisager comme des phénomènes psychologiques différents des expériences réelles.

La métaphore des représentants de commerce est une manière intéressante d’introduire et amorcer le travail de défusion. Dans cet exercice vous allez entrevoir votre cerveau comme une agence commerciale qui vous dépêche régulièrement des délégués « les pensées » qui cherchent à vous vendre un lot de pensées diverses et variées. Et dans ce cadre, ce ne sont pas toujours les meilleurs lots qui bénéficient des meilleurs vendeurs. Les plus désavantageux nécessitent les plus talentueux pour user de multiples stratégies pour vous faire accepter cet article de mauvaise qualité.

Lorsqu’un vendeur de la sorte se présente chez vous, achetez-vous tous ses produits ? Prenez-vous chacune de ses paroles comme un texte de loi ? N’iriez-vous pas vérifier ?

C’est précisément ce type de démarche que je vous propose de faire lorsque votre « agence commerciale », pardon votre esprit, vous enverra ses sbires aux crocs acérés.

Dans les classiques de la défusion nous retrouvons également :

  • Faire précéder toute pensée par la phrase « j’ai la pensée que… »
  • Répéter la pensée avec une voix comique, un accent canadien, la chanter, lui adjoindre une musique,… vous pouvez greffer même une tête de panda aux personnages de votre pensée.
  • La dire très lentement ou la répéter très rapidement sans cesse
  • Ecrire ses pensées sur des fiches

Appliquez ces exercices aux pensées ci-dessus ou à vos propres pensées et notez l’impact que cela a sur la gêne, l’anxiété, la colère engendrée par ces dernières. Choisissez l’exercice qui vous convient ou plutôt laissez vous choisir par l’un d’eux.

Ensuite, « ce qui marche, marche »

LE SOI COMME CONTENU VS LE SOI COMME CONTEXTE

« Le Soi comme contenu » renvoie à un soi conceptualisé/intellectualisé que nous construisons sans cesse pour adjoindre un sens à notre vécu et à notre histoire. En cela, cette notion se rapproche du concept de scénario de vie.

« Afin de me préserver de multiples menaces, j’ai construit un univers mental riche, complexe et en constante évolution. J’utilise cet édifice comme carte de lecture de moi-même et des autres, comme rempart et dans bien d’autres optiques également. De brinquebalant, j’aimerais en faire un édifice rompu à l’exercice du temps. Cependant je ne récolte des bases friables et un édifice trop sensible au changement. »

L’individu se retrouve alors face à la nécessité de maintenir une cohérence dans son histoire. Ce besoin risque de forcer/favoriser une interprétation de l’expérience vécue comme confirmative de son schéma au détriment d’une vision potentiellement évolutive.

L’ACT s’attelle avec le patient à démanteler cette construction. De cette manière, il vise un affaiblissement de la domination des processus verbaux et du contexte de littéralité, deux entités qui collaborent à donner à cet édifice conceptualisé le pouvoir de guider les choix du sujet. 
« Je crois que je connais la grille de lecture et l’utilise pour analyser et justifier mes faiblesses et celles des autres, cette grille me rassure mais n’est elle pas limitante ? »

La construction mentale appauvrit donc les choix d’action, restreint les libertés et nécessite une mise à niveau continuelle. Elle tend également à amener son concepteur vers des changements superficiels et à poser des actes qui vont dans la lignée de son édifice du moment. Son œil et son oreille seront guidés vers une confirmation de sa théorie de base. Ce qui pourrait expliquer l’impression du HP de comprendre et percevoir très rapidement, alors que souvent en consultation ses interprétations sont limitées, peu nuancées ou erronées. On en arrive à un « c’est comme cela que doit se conduire une mère, un chef, un mari et pas autrement… avec une grande difficulté à pratiquer la pensée décentrée et l’illusion d’y arriver en permanence : « je pense que les autres pensent de telle ou telle manière… j’ai vite tout compris… » 
Son oeil supposé fin et aiguisé se révèle souvent être une arme efficace pour éloigner toute émotion celle-ci étant directement décryptée, analysée et classée et laisse peu de place à l’établissement de liens plus profonds.

Le « Soi comme contexte » représente, en fait, un soi constamment présent à travers le temps, l’espace et les événements. Il définit comme similaire à un écran de fond sur laquelle apparaissent les phénomènes psychologiques transitoires (pensées, émotions, etc.) de l’individu.

« Je fluctue, voguant au rythme de ma confiance, de mes pensées, de mes doutes et mes pseudo certitudes. Mon être change selon mes émotions et mes cognitions. »


L’analogie avec la gare est une manière particulièrement efficace de palper son existence. La gare (qui représente ici le « soi comme contexte ») est traversée par différents trains tout comme les expériences internes passagères entrent et repartent dans notre quotidien.
Sur le quai de la gare, le patient peut observer les différents trains qui passent et décider ou non d’embarquer en fonction du but et de l’utilité. Pour cette raison, ce soi est aussi nommé le « soi observateur ».

Si vous désirez vivre de l’intérieur et expériencier ce processus vous pouvez suivre le lien vers la métaphore de l’échiquier http://act-therapie.com/hexaflex-le-soi-comme-contenu-vs-le-soi-comme-contexte/

« Chacune des émotions est chez moi décuplée, une moindre petite contrariété et tout est remis en question, je le vis comme une insulte personnelle à ma volonté de tout vouloir gérer (croyance fondatrice d’en être capable) et, comme un nuage, elle m’empêche de voir que je suis toujours là et que mon monde n’est pas bouleversé. Une émotion positive, je ne peux l’accepter, trop de méfiances me préviennent du danger de ne pas savoir retomber sur mes pattes ou d’une éventuelle énième déception. Et pourtant le socle est là, stable. » 

Au final, quelle que soit l’intensité de la tempête, le ciel lui-même n’en est pas affecté.

3. LES VALEURS

« Je suis en permanence accompagné d’un sentiment qu’avec volonté et opiniâtreté les voies de l’inaccessible me sont offertes. Parfois, je pense que je pourrais tout faire, que tout est abordable et n’arrive point à me décider… l’indécision peut me ronger et me faire tourner en rond. Toute voie est une possibilité, toute possibilité en ouvre une autre. Je suis expert dans l’art de commencer.
Comment choisir et maintenir un cap ? Comment ne pas basculer dans une routine ou dans un carcan que je refuse d’assumer (même si refuser d’assumer un carcan en est un) ?
La quête de sens, de signification est centrale à ma vie, elle peuple mon quotidien, elle guide mes actions, mes appartenances, mes lectures,… au final, cette recherche semble être la seule chose qui pourrait donner un sens à ma vie. Tout comme la curiosité elle m’amène à m’engager dans plein de directions, à tenter plein d’expériences, espérant y trouver une matière de vécu au delà de la simple vie. »

« Mes valeurs me paraissent inaccessibles, je suis empreint d’absolu, de loyauté et de justice, ce que je ne retrouve que peu dans une société de plus en plus normative et égoïste (que j’analyse comme telle). Je me considère dès lors comme naïve, inadaptée et ferme la porte à de nouvelles déceptions. Pourtant des gens comme moi existent et c’est en maintenant cette ligne de conduite que je pourrai les rencontrer. Cependant, la peur d’accentuer à nouveau cette différence , la peur d’être encore jugée comme « à la masse, sur ma planète »,… m’empêche d’accéder à ces valeurs. La peur de trop de liberté et donc trop de possibles participe sans doute également… »

Comme vous pouvez le constater à la lecture du point ci-dessus, souvent les patients qui viennent me consulter ont déjà tenté et mis en place beaucoup de choses, de pistes, de loisirs, de métiers,… Souvent même avec succès.
Cependant, ils s’en sont lassés après avoir vécu une courbe motivationnelle exponentielle. Ils vivent une certaines lassitude, ne trouvant plus la motivation suffisante pour s’engager dans de nouvelles pistes. Ils se sentent un peu perdus coincés à la lisière du désintérêt. Certaines des voies choisies l’on été par pur engagement, d’autres l’ont été par peur du vide, de l’ennui, de la routine, par conventions… 
Après avoir travaillé sur les évitements, le travail sur la mise en exergue des valeurs se met en place.

Au sein de l’ACT thérapie, « les valeurs ont été définies comme des directions de vie verbalement construites, globales, désirées et librement choisies » (Dahl, Wilson, Luciano et Hayes, 2005). Elles sont semblables à l’aiguille d’une boussole, elles fournissent une direction aux actions engagées

« Bonjour, je me dépêtre depuis de longues décennies dans un problème insoluble. Rien ne s’améliore. J’aimerais mener des actions qui donnent des résultats, trouver des solutions à ce problème qui n’en finit pas. C’est pas ma première démarche en ce sens et je vous avoue que je n’y crois plus trop »

Le ton est donné, l’accent sera mis sur un changement avec résultat.

« Y en a marre des promesses et des solutions intérimaires, je veux du CDI du type fonctionnaire, du solide et du stable ». Et c’est tout à fait compréhensible après un temps long de disette, on désire avant tout de la nourriture et vite si possible. Le but n’est nullement de s’extraire de l’efficience mais d’en tempérer la toute puissance et sa possible implication dans un certain cercle vicieux, de mieux gérer l’impatience.

Dans ce processus d’action, de but et de valeur la notion de réussite est plus secondaire et non obligatoire. L’important pour le patient est de se positionner dans une politique d’action sans être soumis à une logique de résultat, élément qui, de plus, n’est pas toujours de son ressort, d’accepter justement que tout ne doivent pas être parfait, que tout ne soit pas contrôlable ni de son ressort…de laisser en fait plus de place à la vie même. Cette position permet au patient de retrouver un mode de vie plus serein et une ouverture accentuée.

Un patient qui se présente pour – des problèmes d’intégration, de communication, de fluctuation de l’émotion ou de l’humeur, de la perte de sens – va formuler l’envie de la/les voir disparaître. Il désire un résultat (souvent avec impatience) sur lequel son envie de contrôle n’a eu que peu d’emprise. Il serait désireux qu’on lui fournisse un « kit d’intervention plus efficace » que le sien (« même si j’ai déjà tout tenté, tout lu, et vu des tonnes de thérapeutes en tout genre »)

On constate dans cet exemple que le contrôle de la réussite de nos objectifs n’est que très relatif voire inexistant. Par contre, l’implication et le travail « sous sens de valeur » dans son quotidien à l’approche de celle-ci apparaît comme plus satisfaisante : il existe une « obligation de moyens et non de résultats »

Plusieurs exercices pourront vous permettre de les mettre en évidence, parmi lesquels :

La baguette magique : « Si j’agitais une baguette magique de sorte que vous ayez la totale approbation de tous sur cette planète peu importe ce que vous feriez ils vous aimeraient, vous respecteraient et vous admireraient que vous soyez chirurgien ou tueur en série. Que feriez-vous de votre vie ? Comment y traiteriez-vous les autres ? »

« Si j’agite cette baguette magique et toute s les pensées douloureuses ces émotions et ce souvenirs n’avait plus d’impact sur vous. Que feriez-vous de votre vie ? Que commenceriez vous, arrêteriez ou feriez plus ou moins ? Quelle différence de comportement auriez-vous ? Si nous regardions sur une vidéo que verrions-nous ou entendrions-nous qui montreraient que la magie a opéré ? »

Au final, l’ACT permet certaines actualisation et prises de conscience. Il permet de conscientiser ses moments de lutte et d’évitements et de les différencier de l’engagement vers ce qui est vraiment important. Il n’impose aucune règle, il ne place personne dans des cases. Par sa pratique, il recentre sur le moment présent et sur le vécu expérientiel.

Cependant dans l’ACT, point de magie ou de félicité constante, la souffrance se retrouve sur table juste à côté de la vie riche de sens, de la joie et du contentement. Les actes que l’on va poser ne seront pas nécessairement agréables et dépourvus de difficulté, ils susciteront peurs, colère, stress et autres compagnons de fortune. C’est pour cette raison que l’on propose de poser les balises des valeurs comme point de repère à l’horizon. Ces jalons permettront de maintenir la barre lorsque les remous se feront sentir et les doutes apparaître : on peut avancer avec la fatigue, l’indécision, la lourdeur, la démotivation,… On quittera une logique de tout maintenant et de l’évitement, on passera du court terme impératif à un long terme possible et envisagé.

« C’est l’histoire d’une différence dans l’indifférence,
C’est l’histoire de paradoxes et de dichotomie
C’est l’histoire d’un je ne suis pas assez… sans cesse corrigé.
C’est l’histoire d’une quête de sens et d’absolu déçue et sans cesse renouvelée.
C’est l’histoire d’une histoire que je raconte et me raconte pour m’ajuster
C’est l’histoire d’une sensibilité perturbée et perturbante
C’est l’histoire d’un sentiment fardé de sens et de cognition
C’est l’histoire d’une émotion brute et insupportable détournée, cachée, déviée, enfouie,… et récurrente
C’est l’histoire d’un combat récurrent sans cesse différent

C’est l’histoire d’une lutte que je refuse d’abandonner.

C’est l’histoire d’un être en quête d’appartenance et d’identité qui doute de vouloir appartenir à une catégorie, une classe,…
C’est une histoire ou peut être ma réalité »

Et si le but était le parcours…

Avant de se quitter, je vous propose un petit digestif, sous forme de métaphore aux saveurs asiatiques :
« L’histoire raconte qu’il existe un bambou chinois à la croissance toute particulière. Lorsqu’on le plante, il ne donne aucun signe de vie pendant les quatre premières années. Puis la cinquième année, il se met finalement à pousser de façon fulgurante, pour atteindre 25 mètres. Il aura donc fallu quatre ans pour que la plante prépare ses racines à son émergence en pleine lumière. »

Source: http://www.mieux-etre.org/Hauts-potentiels-de-la-rigidite-a.html

J’apprends à dire « au revoir » à tout ce qui n’est plus bon pour moi.

Il ne devrait pas y avoir beaucoup de place dans la vie pour le stockage.

J’ai trop de réserves dans ma vie, mais tout cela est sur le point de changer. Je n’ai jamais été bon aux « au revoir ». Tenir est ce que je fais le mieux. Mais cette fois, j’apprends lentement à dire au revoir à tout ce qui n’est plus bon pour moi.

J’apprends à dire au revoir aux gens de ma vie qui ne fournissent aucune sorte de qualité sur ce que je suis en tant que personne. Je dis au revoir aux sceptiques, aux opposants, aux égoïstes, aux arrogants, aux paresseux et aux trompeurs. Je dis au revoir à ceux qui ont brisé mon cœur et qui n’ont pas regardé en arrière pour voir où sont tombées les pièces. Je dis au revoir à ceux qui ont semé des doutes empoisonnés dans mon esprit parce qu’ils avaient des restes de semences provenant de leurs propres insécurités. Je laisse tomber ceux qui soutiennent la concurrence négative, les attitudes sournoises et ceux qui aiment la comparaison. Il est temps de dire au revoir.

J’apprends à dire adieu aux perspectives négatives que je garde depuis trop longtemps maintenant. Je laisse tomber le «je ne suis pas assez bon», «je ne suis pas assez intelligent», «je ne suis pas au bon endroit, ni avec le bon argent ni dans les bonnes circonstances». Mes circonstances sont aussi flexibles que je le suis et je suis prêt à commencer à m’étirer. Je dis au revoir aux ancres invisibles qui pèsent sur moi me faisant croire que tout ce que j’avais à faire était de me laisser aller.

J’apprends à dire adieu à un style de vie confortable parce que c’est celui que j’ai toujours connu. Je suis prêt à dire au revoir au familier et à la sécurité pour pouvoir faire place à l’extraordinaire et grisant. J’apprends à faire mes adieux aux mauvaises habitudes et aux croyances limitantes. J’apprends à dire au revoir à tout ce qui m’empêche de vivre la vie que je veux, celle que je mérite de poursuivre activement. Je ne peux pas poursuivre quoi que ce soit lorsque mes mains et mon cœur sont remplis de toxicités d’antan.

J’apprends à saluer un nouveau mode de vie. Un projet dans lequel je m’abandonne pour un travail digne de ce que je dois faire pour m’aimer complètement. J’apprends à saluer la compassion en même temps que la discipline qu’il me faudra pour réaliser ce dont j’ai toujours rêvé. J’apprends à garder les bonnes difficultés – celles qui me font grandir au lieu de rétrécir. Je suis prêt à dire bonjour à l’inconfort, car je sais que cela signifie que l’ancien est en train de s’effondrer pour laisser la place au nouveau.

J’apprends à dire au revoir à qui j’étais. J’étais une personne qui s’est accrochée à toutes les mauvaises choses parce que j’avais peur. Je suis tellement fatigué d’avoir peur. Le temps est trop cher pour le dépenser sur ce qui ne me sert pas. C’est le moment pour moi de me servir moi-même, ce qui signifie dire au revoir à tout ce qui n’est pas ma vérité et issu de mon cœur.

Selon le texte de Caroline Rigondet

Source: https://santefacile.net/japprends-a-dire-au-revoir-a-tout-ce-qui-nest-plus-bon-pour-moi/